La grève comme une trainée de poudre PDF Imprimer Email
13 mai :
Grève générale à l'appel des centrales syndicales en solidarité avec les étudiants et contre la répression policière. Manifestations dans toute la France, ou plutôt défilés, celui de Paris, qui va de la gare de l'Est à la place Denfert Rochereau rassemble un million de personnes selon les organisateurs, 200 000 selon ministère de l'Intérieur. Le PC et la CGT sont obligés de partager le premier rang avec Cohn Bendit, Alain Geismar (SNESUP), Jacques Sauvageot (UNEF). L'attente pour le départ de la manif est interminable, il fait beau, la foule est immense, c'est le premier défilé "étudiants-travailleurs-ouvriers". La Sorbonne réouverte est immédiatement occupée.

14 mai :
Dans la Sorbonne occupée, c'est l'affluence d'activités (stands, infirmerie, dortoirs...), de slogans et d'affiches, d'assemblées générales, de réunions, de comités, de commissions de toutes sortes, sur des tas de sujets, avec des étudiants et des non étudiants, (au point aussi, au fil des jours, de devenir le dernier lieu à la mode avec des mondains qui viennent voir le spectacle). Dès ce jour, dans certaines usines, la première étant Sud-Aviation, à Nantes, des grèves se déclenchent, alors que la grève n'était prévue que pour une seule journée. Néanmoins le général de Gaulle part en visite officielle en Roumanie.

15, 16, mai :
Venues « de la base », comme on disait à l'époque, les grèves se multiplient : chantiers navals de Bordeaux, usine Renault à Cléon, Loockeed à Beauvais, Unelec à Orléans, grève aux NMPP... « La grève s'étend comme une traînée de poudre » disent les journaux. « Pas de mot d'ordre de grève générale illimitée », précise Georges Séguy, secrétaire général de la CGT. Mais tout le monde s'en fiche et la grève s'étend en effet. Occupation du théâtre de l'Odéon à Paris.

17 mai :
300000 grévistes à 11heures, 600000 à 17 heures, grève dans toutes les usines Renault, à Berliet, à la Rhodiaceta, aux acieries du Creusot, à Kléber-Colombes, à Ericcson, Alsthom, Chausson, dans d'autres usines et grève qui commence à la SNCF, à la RATP, à Air France, à l'ORTF... Au festival de Cannes, la grande salle du Palais est occupée par quelques centaines de professionnels. Une bagarre éclate sur la scène. Truffaut est jeté à terre, Godart gifflé. Resnais, Forman, Lelouch, Saura retirent leur film de la compétition.

18 mai :
Deux millions de grévistes, petites et grandes entreprises, tout s'arrête, dans la France entière...

19 mai :
De Gaulle qui était parti en Roumanie, rentre plus tôt que prévu et déclare, au cours d'un conseil des ministres exceptionnel, la phrase restée célèbre : « la réforme oui, la chienlit non ». Mais au fond, de cette déclaration, tout le monde se moque...

20 mai :
7 millions de grévistes, aux ouvriers, employés, enseignants, étudiants s'ajoutent les avocats, les médecins, les acteurs. « Pas de grève insurrectionnelle », insiste Séguy. Et pourquoi pas pensent certains, pensent beaucoup. Occupation de nombreux lycées à l'appel des CAL (comités d'action lycéens). L'essence commence à être rationnée, elle finira par manquer complètement, monceaux d'ordures ménagères dans Paris et les grandes villes, queues aux guichets des banques pour retirer de l'argent, plus des gens qui commencent aussi à stocker pâtes, riz, huile, etc... ! Mais les Français marchent, font du vélo, se parlent, Mai comme une immense assemblée générale, déferlement et défoulement verbal, les gens disent ce qu'ils pensent, éprouvent, vivent... C'est une ambiance enchantée. « c'est mieux qu'en 36 », disent ceux qui ont connu le Front populaire. Allégresse générale car les gens ont le sentiment de prendre leur vie en mains. Cela va au delà de simples revendications.

21 mai :
10 millions de grévistes, occupation des grands magasins, de l'Opéra, de l'opéra comique, de la socièté des gens de lettres, du siège de l'Ordre des médecins, du CNPF, de la fédération française de football. Pas de cotation à la Bourse de Paris ! Pagination réduite de la plupart des quotidiens