Chansons révolutionnaires
Dès le milieu des années soixante, les groupes d'extrême gauche, certes minoritaires mais cependant très actifs dans les facultés, ont remis au goût du jour des chants du mouvement ouvrier et du mouvement communiste laissés de côté, sinon abandonnés, par la gauche officielle et raisonnable, qui s'en tenait à l'Internationale.

Ces chants, d'origines diverses, venus par exemple de la Commune de Paris, ou de la révolution russe, ou des communistes allemands, ou de la Résistance italienne, seront repris dans les manifestations de mai et juin 68, tandis que des chanteurs, en solidarité avec les grévistes, iront les chanter dans les usines occupées, par exemple Catherine Ribeiro chantant La Varsovienne, ou Francesca Solleville, interprétant La semaine sanglante, ou encore Léni Escudero, Mouloudji, Maxime et Catherine Leforestier...

Certains, s'engageant du côté des manifestants gauchistes exprimeront en chansons les slogans d'alors, faisant prendre à leur carrière un tournant radical comme Dominique Grange. Il est à retenir aussi dans le carnet de chant révolutionnaire, la découverte par de nombreux français, de Bella Ciao, revisité en Italie par un groupe improbable de paysans et d'étudiants réunis autour de Giovanna Marini.

Chants d'origine française

La plupart sont liés à la Commune de Paris, composés le plus souvent après, en hommage aux combattants et aux morts de ces deux mois (de mars à mai 1871) de gouvernement populaire, d'insurrection et de répression sanglante. Et ce que certains ont appelé "la commune étudiante" se réfèrera souvent, pendant et après Mai, à la Commune de Paris.

L'Internationale :
Eugène Pottier, d'abord dessinateur sur étoffes, écrit le poème qui deviendra les paroles de l'Internationale en juin 1871 (il a alors 55 ans), en pleine répression versaillaise.

En 1888, l'ouvrier Pierre Degeyter met ce poème en musique, au café lillois La Liberté, dit-on. Considéré du coup comme un dangereux révolutionnaire, il doit quitter Lille et s'installe à Saint-Denis (un collège de la ville porte son nom.)

C'est à partir du congrès d'Amsterdam de la IIème Internationale en 1904 que ce chant devient l'hymne du mouvement ouvrier mondial.

La commune n'est pas morte :
Encore des paroles d'Eugène Pottier, en 1886, sur l'air de T'en fais pas Nicolas

On l'a tuée à coups de chassepot,
à coups de mitrailleuse
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse.
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.

Refrain :
Tout ça n'empêche pas Nicolas
Qu'la Commune n'est pas morte.
Tout ça n'empêche pas Nicolas
Qu'la Commune n’est pas morte !


La semaine sanglante :
Paroles de Jean-Baptiste Clément, sur l'air du Chant des Paysans de Pierre Dupont.

Cette chanson a été écrite en juin 1871, en pleine période de répression, juste après la Semaine sanglante, du 20 au 27 mai, au cours de laquelle les cent mille hommes de Thiers reconquièrent Paris rue par rue, maison par maison.

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblants.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tous sanglants.

Refrain :
Oui mais !
ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s'y mettront.
Quand tous les pauvres s'y mettront.

[Chanson reprises par différents artistes et groupes: Germaine Montero, Marc Ogeret, Serge Kerval, Francesca Solleville, Michel Grange, Rosalie Dubois, Adrienne Chaumont, Zap, Les Amis d'ta femme, Les Quatre Barbus]

Le temps des cerises :
Cette chanson, écrite par Jean-Baptiste Clément lorsqu'il était réfugié en Belgique parce qu'opposant au Second Empire, date de 1867 et est donc antérieure à la Commune.

Ce n'est un chant révolutionnaire, mais une nostalgique chanson d'amour qui deviendra, après le massacre des Communards, le symbole de la Commune.

Lorsque Clément fut enterré au cimetière du Père-Lachaise, le 26 février 1903, quatre à cinq mille personnes assistèrent à la cérémonie.

Quand nous en serons au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur.
Quand nous en serons au temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

Le drapeau rouge :
Ce chant, a été écrit pour l'anniversaire de la Commune par le médecin Paul Brousse, (plusieurs hôpitaux portent son nom) alors qu'ancien communard, il était en exil en Suisse.

Il ne sera publié en France qu'en 1885.

Le voilà !, Le voilà ! Regardez !
Il flotte et fièrement il bouge,
Ses longs plis au combat préparés,
Osez, osez le défier !
Notre superbe drapeau rouge !
Rouge du sang de l'ouvrier ! (bis)

La jeune garde :
Ce chant de la jeunesse ouvrière de France (paroles de Montéhus et musique de Saint-Gilles) fut composé en décembre 1920, avant le congrès de Tours (fondation du Parti Communiste français). Avant la seconde guerre mondiale, il fut chanté aussi bien par les jeunesses socialistes que par les jeunesses communistes.

La version originale de Montéhus commençait : Nous sommes la jeune France.... Les mouvements communistes y ont substitué : Nous sommes la Jeune Garde....

Prenez garde, prenez garde
Vous les sabreurs les bourgeois les gavés
V'la la jeun' Garde, v'la la jeune Garde
Qui descend sur le pavé
C'est la lutte finale qui commence
C'est la revanche de tous les meurt-de-faim
C'est la révolution qui s'avance
C'est la bataille contre les coquins
Prenez garde, prenez garde
V'la la jeun' Garde


Chants liés à la révolution russe

La Varsovienne :
Ce chant polonais fut écrit en 1893 sous l'occupation russe, par Waclaw Swiecicki (1848-1900), alors qu'il était emprisonné à la citadelle de Varsovie pour avoir participé à des manifestations socialistes et organisé un "centre révolutionnaire".

Adapté en 1897 par le poète russe Krijanovski, il devint le chant de protestation des internés sous le régime tsariste. Il a connu une réelle popularité dans les années 1905-1917 en Russie.

Les paroles françaises sont de Stefan Priacel, un journaliste communiste, fils de la cantatrice Marya Freud, avec laquelle Francesca Solleville a appris le chant lyrique! ( D'ailleurs elle a une chanson intitulée "Madame Maria Freund")

En rangs serrés, l’ennemi nous attaque
Autour de notre drapeau, groupons-nous,
Que nous importe la mort menaçante,
Pour notre cause, soyons prêts à souffrir ;
Car le genre humain courbé sous la honte
Ne doit avoir qu’un seul étendard,
Un seul mot d’ordre : travail et justice,
Fraternité de tous les ouvriers.

Refrain
O frères, aux armes, pour notre lutte,
Pour la victoire de tous les travailleurs,
O frères, aux armes, pour notre lutte,
Pour la victoire de tous les travailleurs

Sur le même air, existe, sous le titre A las barricadas, chant du syndicat anarchiste CNT pendant la guerre d'Espagne.

Encore sur le même air, l'hymne du 1er régiment de hussards parachutistes français!

Le chant des martyrs :
Marche funèbre révolutionnaire russe, écrite à la mémoire des révolutionnaires tombés en 1905. On dit qu'elle a été chantée le soir même de la prise du pouvoir en octobre 1917, par le Congrès des Soviets, après l'Internationale.

Le chant des survivants :
Ce chant était dédié à la mémoire de l’étudiant révolutionnaire Tchernichev, mort en prison sous la torture.

Usé et tombé à la tâche,
Vaincu, tu terrasses la mort.
Lié et tué par des lâches,
Victoire, c’est toi le plus fort, plus fort,
Victoire, c’est toi le plus fort.


Ces deux chants entonnés lors de l'enterrement de Gilles Tautin, le 15 juin 1968, au cimetière des Batignolles.

Chants d'origine allemande

Le chant des marais :
"Die Moosoldaten" a été écrit en 1934-36 par des déportés communistes allemands (Rudi Goguel, employé de commerce, Johann Esser, mineur, Wolfgang Langhoff, l'acteur/metteur en scène dans le camp de concentration de Börgermoor (Basse Saxe).

Quelques-uns des déportés de Borgemoor, libérés à l'issue de leur condamnation, choisirent de s'exiler et firent connaître le chant dans différents pays. En Angleterre, en 1936, le compositeur Hanns Eisler, collaborateur musical de Bertolt Brecht, en fit une adaptation pour le chanteur Ernst Busch qui rejoignit en 1937 les Brigades internationales en Espagne. Ainsi le Chant des déportés, chanté par les volontaires allemands des Brigades, acquit rapidement une grande notoriété.

Parallèlement, il se répandit en Allemagne, d'un camp de concentration à l'autre, puis en Pologne occupée, et finit même par atteindre le camp d'extermination d'Auschwitz.

Par la suite, il devint l'hymne européen de la déportation

Loin dans l'infini s'étendent
De grands prés marécageux
Pas un seul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux

Refrain
Oh! Terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher.

Chose étonnante, cet air sera repris dans les années 70 pour l'Hymne du MLF!

Chants d'origine italienne

Bella ciao :
La chanson d'origine était chantée par les femmes récoltant le riz dans les plaines du Pô, se plaignant des moustiques, des insectes infestant la région, mais aussi de manière symbolique des contremaîtres et exploitants. Reprise par la Résistance italienne pendant la Seconde guerre mondiale, elle devient, dans sa nouvelle version, un hymne du mouvement ouvrier.

Questa mattina mi son svegliata
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
Questa mattina mi son svegliata
Eo ho trovato l'invasor
EXTRAITS AUDIO (30 secondes)

 
A bas l'état policier
(Dominique Grange)
Producteur : -
Editeur : -
Auteur-compositeur : Dominique Grange

Bella ciao
(Chorale Populaire de Paris)
Producteur : -
Editeur : Le Chant du monde
Auteur-compositeur : Trad

La faute à Nanterre
(Evariste)
Producteur : -
Editeur : -
Auteur-compositeur : Evariste

Le grand chambardement
(Guy Béart)
Producteur : EPM
Editeur : Editions Espace
Auteur-compositeur : Guy Béart

L'Internationale
(Choeurs de l'Armée Rouge)
Producteur : Musidisc Europe
Editeur : Le Chant du monde
Auteur-compositeur : Eugène Pottier/Pierre Degeyter

La jeune garde
(Groupe 17)
Producteur : Le Chant du monde
Editeur : Le Chant du monde
Auteur-compositeur : Saint Gilles/Montéhus

La pègre
(Dominique Grange)
Producteur : -
Editeur : -
Auteur-compositeur : Dominique Grange

La Révolution
(Evariste)
Producteur : -
Editeur : -
Auteur-compositeur : Evariste

Le temps des cerises
(Yves Montand)
Producteur : Columbia
Editeur : DR
Auteur-compositeur : Jean-Baptiste Clément/Antoine-Renard